Quincaillier de style en fond, je tend l'oreille aux paroles "parler sans agir c'est pas bien mais agir sans parler c'est mortel".
J'apparai alors dans l'entre-baillement de la porte. Je me dévisage. Je mordille ma lèvre inférieure. Diantre que je suis risible, cet air mélancolique et ces lèvres pincées figées sur ce visage de cire.
La tête légerement inclinée, je me détaille avec septisme. Je me trouve bien culottée de poser sur moi un regard si indescent. Je me léve soudainement pour ne pas me soumettre à moi-même et mieu me mettre à ma hauteur. Je détaille mes formes, mon air hagard, mes gestes amples, maladroits et impulsifs balayant l'air. Je me reconnais un certain charme, mais n'en laisse rien paraitre.
Puis je me détache de mon apparence physique qui m'ennuie à force de la croiser dans les miroirs, évoluant imperceptiblerment chaque jour sous mon regard désabusé, et je me penche sur le puit de mes yeux. Sombres ce soir, mais je crois percevoir le fond. J'y jette une volée de galets roux polis par l'eau de mère que j'arrache sur la crête de mon nez moucheté par ceux-ci, les gouttes viennent m'éclabousser le visage, ruissellent sur la plaine de mes joues et donnent un sens au mot "larmes" que j'avais oublié.
Je tourne les talons et, lachement, en fixant l'étendue de la nuit par la baie vitrée, je susure à mon attention : "salope", en décomposant bien chaque syllabe. Je ne le pense pas vraiment, mais je l'ai bien cherché. Je scrute mon reflet avec discretion; je suis curieuse d'observer ma réaction face à cette provocation.
A mon grand ettonement, je me décoche un sourire d'une tendresse incommensurable, lancé comme un défis mais sans cruauté, contrairement à Lolita dans le film. Je n'ause pas me retourner, mais soudainement je ressens le besoin de m'avouer quelque chose que je ne saurais pas qualifier comme réalité car c'est plus proche d'un souhait surréaliste : "je suis bissexuelle." C'est avant tout j'y consent pour attirer mon attention.
Je n'ause ajouter quoique ce soit, et me contente de me regarder me balancer d'un pied sur l'autre avec désinvolture, comme si j'attendais quelque chose. Ce comportement m'irrite, je plisse le nez tandis que derrière moi, je me dandine en enroulant mes doigts avec une volupté pleine de sous-entendus autour d'une méche de mes cheveux que je laisse flotter sur mes épaules dénudées alors que les miens sont étroitements noués en chignon.
Nous sommes comme deux bêtes sauvages, se tournant autour pour se familiariser l'une à l'autre, nous méfiant, restant distantes mais assez proches pour jouer avec nos souffles entremelés, irresistiblement attirées mais les babines retroussées sur des crocs tranchants...
Je m'envie. Je suis féline et je m'assume.
Par dessus mon épaule je me vois secouée d'un petit rire, puis, après avoir pivoté sur les talons en secouant ma chevelure avec allegresse dans un joli claquement de langue, je me laisse seule dans la piece, surement partie me retrouver ailleurs, m'abandonnant à mon trouble.
Soudainement la nuit semble plus lourde, le silence plus sourd, la lumiere plus criarde.
Je crois bien m'être adressé un clin d'oeil avant de disparaitre dans la cage d'escalier... l'idée me fait rougir de bonheur. Mais peut être me trompais-je.
(touche musicale : pornostar : Thierry Blanchard)
(touche littéraire : fille de sang : Michel Chevron)
Lucile, farouche.