Chaque matin en entrouvant les paupieres je m'ettone de ne pas découvrir l'oeil immense et protecteur au centre de la case...
Enfoncées dans la brousse nous crions comme deux peruches "y a du soleil à vendre, qu'il est chaud et qu'il est bon, et si j'étais marchande je gagnerais des millions..."
Aujourd'hui la neige tapisse les champs, mon regard s'y appuie si intensement que je suis surprise qu'il ne laisse pas de trace dans le fin manteau blanc immaculé.
Des jours entiers à casser mes yeux sur le rebord de ses lèvres...
Et Benjamin qui me rappelle dans un murmure que la vie ne nous change jamais, qu'elle ne fait que nous reveler à nous-même.
Je sais que je n'ai pas la plus petite idée de ce que je vis, mais je sais ce qui est derrière moi et devine ce qui m'attend.
"Afrique, mon Afrique, Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales..."
Il me faudra du temps, et il se trouve que j'ai la vie devant moi, pour me faire une raison. Je m'interdis de soupirer.
Je pioche dans mes souvenirs et en tire cette phrase comme à la péche à la ligne :
"On dit que la douleur est psychologique. Hors, non, tout le monde ressent la douleur. Par ailleurs notre réaction face à elle l'est, on peut choisir de rire plutot que de pleurer."
Je choisis de ne pas choisir.
(touche musicale : amen : Mickey 3D)
(touche littéraire : le grand atlas du monde)
Lucile, en tête à tête avec son désarroi.