Le temps qui passe ou le temps qui reste.

Le temps qui passe ou le temps qui reste.
Je repense à cet instant, la tête penchée, le regard planant comme un rapace, survolant les toits de Gap, la grande grue orange, le clocher, les colines, pour se perdre vers le Chapeau de Napoléon... les beaux jours se sont écoulés.

Les yeux embués de larmes que je ne laisserais pas naitre, je me concentrais en silence, absorbée, interdite, sur le vide intense dans l'écouteur. Pendant de longues minutes, un sourire empli de toute ma tendresse noyant ma peine, je murmurais, tout en pensant que mon interlocuteur devait déja avoir l'esprit bien loin de moi, des mots innodibles dont je ne comprenais moi-même pas le sens, perdue dans mes émois.
Je décrivais du regard la pale lueur de septembre filtrant dans ma chambre ne semblant plus avoir de paroies, ressemblant à un radeau à la dérive, les rideaux gonflés d'air de mon balcon près duquel j'étais accroupie faisant les voiles...

Des regrets? Non, pas vraiment, plutot une sorte de lassitude, un grand vertige. Parfois annonciateur d'un cafard imminent, parfois d'une boufée de joie...

(touche musicale : je ne sais pas choisir : Emily Loizeau)
(touche littéraire : les moyens du bord : Andrea H. Japp)

Lucile, qui ne touche pas à l'heroïne et c'est déja ça.

# Posté le samedi 08 septembre 2007 13:45

Modifié le dimanche 09 septembre 2007 10:53

Donne moi des maux pour calmer mes maux.

Donne moi des maux pour calmer mes maux.
Me voilà, pliée en boule au fond de ma baignoire.
Les s
anglots me secouent encore violemment. Je ne suis pas réparée, je suis pleine de fissures, et je sens alors que je me brise.
Les notes de Thierry Blanchard resonnent dans la petite piece aux rideaux tirés tandis que j'ouvre la bouche sur un hurlement silencieux.
L
es larmes explosent encore dans mon esprit, comme des bombes sur une nation entiere, mais exterieurement c'est la confusion totale, je n'arrive pas à les différencier de l'eau ruisselant sur mon visage. Cette eau bouillante qui n'arrive pas à me rechauffer...
j
e tremble, grelotte, sufoque, reprend bruillement ma respiration.
Il
me semble qu'une éternise passe avant que le calme retombe sur moi comme le ciel se déchirant, laissant place à une pluie dense et insonnore sur mes espoirs en miettes, éclatés comme des bulles, me laissant épuisée.
Je
me prend la tête entre les mains, elle me parait soudainement si lourde, si insoutenablement pleine des archives de ma peine...
J
e m'extirpe, titubente, pour rejoindre le lavabo. Me voilà face à mon reflet, horrifiant. Irsute, le nez rouge comme une ivrogne, et le regard parcouru de vaisseaux rouges me rendant l'air inhumain, d'une froideur me glaçant le sang.
Cette forme de souffrance est si vicieuse, si bien logée au creux de mes entrailles, qu'elle m'exténue, m'use, ressere son étreinte à laquelle je n'ai plus la force de resister, jusqu prendre le dessus sur moi-même.
Q
uand on se sent si impuissant, que l'on perd le moindre de ses reperts, que notre propre control nous échappe, que l'on croie alors être incapable de se relever, pour ne plus y voir flou, pour ne plus sentir la brulure de ses yeux gonflés, on ne peut que les fermer et s'abandonner au sommeil...

Je n'ai fait qu'un rêve cette nuit là dans lequel je dormais, le visage détendu et repliée sur moi-même, devant une cheminée où le feu crépitait pour moi. Quand j'ai soulevé mes paupieres et battu avec alegresse des cils à l'aube, imprégnée de la douceur berçante du brasier, le cauchemar était deriere moi...

(to
uche musicale : cirkus : Readymade FC)
(touc
he littéraire : la dormeuse en rouge : Andrea H. Japp)

Lucile,
la tête innondée.

# Posté le samedi 08 septembre 2007 13:09

Modifié le dimanche 09 septembre 2007 10:52

Attention : ne pas oublier de penser à se rappeler de se souvenir.

Attention : ne pas oublier de penser à se rappeler de se souvenir.
Reprise. Je ressent visceralement le besoin de vacances.

Rien n'a changé ici, pas même l'aigreur de l'air qui vous prend à la gorge.

L'angoisse me submerge, comme les flots de la mer se faisant tempete, et tandis que le niveau monte en silence, m'éclaboussant le visage comme la rage l'épuisement ou le manque, par vague, me pliant en deux de douleur, puis retombe.
J
e me dirige d'un pas préssé vers un point, clignotant en rouge dans ma tête. Un petit point comme une coccinelle posée, dans une ville grouillante. J'accelere encore le pas, malgré mes petites chaussures frottant sur mes talons douloureux. Le soleil me chauffe le dos, semblent m'encourager à avancer.
Je m'échappe de la rue baignée de lumiere pour m'engager dans une impasse escarpée, numéro 32, me rendant intouchable du regard du monde qui glisse sur moi et me met mal à l'aise, et en profite pour soufler un peu.
La
main sur la rampe, je virevolte par dessus l'escalier de pierre et cherche brilement mon trousseau. C'est alors que je glisse la c dans cette serure qui commence à m'être familre qu'un curieux frisson me parcour puis retombe. Comme un souvenir semblant vouloir remonter à la surface pour mieu s'éloigner et me laisse déçue, envahie par une certaine tristesse que j'ai intégrée, pas désagréable et plutot appaisante, comme le calme après une grande peine une grande haine ou une grande joie, sans prévenir.
J
e ne sais ce qui m'a poussé à courir ici, instinctivement, au lieu de prendre le chemin du retour. J'ai eu besoin d'une escale, d'une seconde d'oublie et de croire à une arri, me provisoire. Sans explication je me projette dans le petit appartement pour trouver l'air.
P
lus tard, assise en tailleurs sur la couette bleu, j'écoute religieusement le bruit de la douche tout près. Je croque dans le biscuit, parcour la salle du regard. Regard fluide, pas tout à fait psent. Je me sens étrangement chez moi, contrairement à chez moi. Son odeur m'englobe, et son absence est savoureuse à l'idée de son retour imminent. La douceur d'un instant simple partagé sans la douleur irremédiablement mélée de l'amour.
Je p
asse sa veste à carreaux de petit vieux sur son tracteur ou de bucheron viril retroussant ses manches laissant aparaitre des avant-bras velus et gonflés de muscles, ce qu'il n'est pas.
C
'est si simple, simple comme lui sourir sans effort et sans raison, simple comme jouer le jeu quand dans la boutique de vétement la vendeuse me parle comme si j'étais sa petite femme alors qu'il est en cabine, me croire une seconde libre et fiançée...

Et si celui qu'elle attendait en faite est en coulisse le décort de sa vie ne sera alors plus qu'un artifice...

Il y a trois étapes dans la vie d'un homme :
- Croire au père Noël.
- Ne plus croire au père Noël.
- Etre le père Noël.

(touche musicale : Amandine : Thierry Blanchard)
(touche littéraire : sortons couverts! : huit écrivains racontent le préservatif)

Lucile, seule.

# Posté le samedi 08 septembre 2007 07:38

Modifié le dimanche 09 septembre 2007 10:48

Idées futiles, tendance éphémere.

Idées futiles, tendance éphémere.
Je prend plaisir à déguiser mes facettes, masquer mes regards, brouiller mes idées et les nuages, j'ai la manie de tout barbouiller.

Sauriez-vous m'apprendre la danse de la pluie?

L' amour en boule comme une pomme qui sèche
P
arce qu'on l'a mordue d'un seul coup
L
e poing fermé qui garde sous l'eau frche
Unur petit comme un caillou.


C
omment je la voie cette nouvelle année scolaire ? Je ne la voie pas.
Demain je retrouverais mon coma tandis qu'autour de moi tout s'accelerera pour de longs mois au ralenti jusqu'à l'ane suivante.
Alors une derniere fois, je laisse l'eau ruisseler sur ma peau sans me soucier du temps qu'il fait, du temps qui passe.
C
omment smerveiller, comment encore s'étonner de tout quand devant nous ne stend que la jeunesse oisive et éteinte, vide de sens, s'écrasant pour poceder le plus grand carré de goudron, sous l'autorité de gens aigris et blasés?
Je ne
sais pas et peut importe. L'atmosphere de la salle de bain est paisible, détendue. Je n'ai pas la tête à hurler ni a me resigner, plutot à tracer des arabesques dans la buée du miroir et son cadre de bois. Au rithme de la musique s'écoulant de mon vieux poste au coeur de la piece, j'ondule, sensuelle, au creux de ma baignoire. J'aimerais rire pour moi-même plus souvent.

Je suis chaude comme une ampoule poussiereuse prete à eclater ce soir...

(touche musicale : jailhouse rock : Elvis Presley)
(touche littéraire : peep chow : les mauvaises nouvelles de Nicola Sirkis)

Lucile, prete à être guide.

# Posté le mercredi 05 septembre 2007 16:35

Modifié le mercredi 10 octobre 2007 15:07

Trop de mélanges tu les couleurs.

Quand la vie s'en va, c'est sur la pointe des pieds.

La mort d'u
n parent c'est comme une bibliotheque qui brule.

Ch
aque arbre oscille à sa vitesse sous les caresses du vent...
Pen
dant trop longtemps j'ai cru que ma vie était dans mes souvenirs, sans comprendre qu'elle était devant moi, alors que c'est là tout ce que mon père m'a enseigné.
"Tou
t les rêves ont un prix", j'ai payé de sa mort les rêves qu'il m'a donné.

Les rê
ves vécus à deux forment les souvenirs les plus beaux.
La solitu
de est un jardin où l'âme se desséche, les fleurs qui y poussent n'ont pas de parfum.

Ce
qui me gêne, c'est de ne garder de mon père qu'une image, de me rendre compte à quel point j'ignorais tout de ses raisonnements et de ses obligations d'adulte, que je ne l'ai connue qu'à travers mes yeux d'enfant et que je ne peux penser à lui que par ces mêmes yeux aujourd'hui. Il ne m'a rien laissé qui puisse me raprocher de lui tel qu'il était à toutes les periodes de sa vie, maintenant qu'elles ne forment plus qu'une, je m'aperçoie que je ne connais rien de son passé, qu'il ne me reste que le souvenir intense de ces instants partagés et notre complicité.
Et lui qui n'a même pas eu le temps de me voir grandir, comment aurait il pu savoir qui je suis ou plutot qui je serais?
A l'opposé de moi, il ne conservait rien. Il refusait d'attacher de l'importance à des biens materiels, de s'émouvoir sur trop de souvenirs du passé, la plupart des photographies étaient dans sa tête, il avait rangé son enfance qu'il a emporté avec lui en ne me laissant ouverte que la porte de celle qu'il avait encore en lui.
Une partie de l'art de vivre dépend de notre capacité à combattre notre impuissance. C'est difficile, car l'impuissance engendre souvent la peur. Elle annibile nos réactions, notre intelligence, notre bon sens, ouvrant la porte à la faiblesse.
Il a d
u connaitre bien des peurs, je n'en avais de son vivant pas conscience. Il luttait contre elles, mais ne les évitait pas et ne les remplacait pas par des hésitations trop longues. Il réfléchissait, décidait et agissait! Il n'avait pas de doutes, il savait que l'incapacité d'assumer ces propres choix engendre un certain mal de vivre. Avec lui chaque question pouvait devenir un jeu.

Je pe
nse que tout au long de notre vie nous sommes une infinie de personnes bien différentes, à chaque âge, chaque période. Je me considererais comme adulte quand toutes mes personnalités se completeront sans se dissoudre les unes dans les autres, car je serais enfin construite et entiere, que j'accepterais entierement chaque instant de mon vécu pour mieu avancer au présent.
Alors, et à cet instant seulement, je me sentirais capable d'aller chercher plus loin pour apprendre à découvrir mon père.

(touche musicale : amours : Louise Attaque)
(touche littéraire : Chet Baker : les mauvaises nouvelles de Nicola Sirkis)

Lucile sans prétention.
Trop de mélanges tu les couleurs.

# Posté le mercredi 05 septembre 2007 07:06

Modifié le jeudi 06 septembre 2007 16:11